Demain, quand l’Europe existera

Nous sommes en Europe en ce matin de 9 mai 2050. Je regarde de mon balcon la belle ville de Paris s’animer et s’atteler à la préparation de la grande fête commémorant la création de la fédération, 25 ans plus tôt.

Sur la table, le journal montrait de grandes nouvelles, ce qui devenait habituel depuis quelques temps. L’Agence Européenne de Recherche, vaste fusion de toutes les agences nationales, a officiellement annoncée que l’Europe déposait en moyenne 2 fois plus de brevets que ses voisins américains et chinois, faisant de l’Union la première puissance technologique au monde, en particulier dans la conquête spatiale, la biotechnologie et les nouvelles énergies.

Les nouvelles étaient, aussi, tristes. L’armée fédérale européenne (A.F.E), fusion des anciennes forces armées nationales, a annoncé que 5 morts civils étaient à déplorer dans une récente crue au Bangladesh, malgré les opérations de secours et de protection des civils. Depuis que la fédération a mis ses forces à la disposition du secrétaire général des Nations Unies et, non au Conseil de sécurité, les casques bleus ont été dotés de moyens inimaginables pour développer le maintien de la paix mais, aussi, la reconstruction. Devenue la première armée du monde, elle dissuade toute tentative d’utilisation abusive de la force et, n’est déployée que sur vote de la majorité des membres des Nations Unies. Mais elle ne peut malheureusement pas empêcher le réchauffement climatique et le détraquage des moussons.

Géopolitiquement absolument impensable il y a 20 ans encore, cette initiative est aujourd’hui saluée par tous comme ce qui a mis un terme à une vaste période de chaos plus ou moins contrôlé par quelques états. Même un pays comme la Suisse, pourtant neutre depuis des siècles, a demandé aujourd’hui à ce que des bataillons de volontaires triés sur le volet soient intégrés à l’A.F.E. Il faut dire que l’on revient de loin.

Après l’élection de Donald Trump en 2016, l’Europe a été délaissée par le nouveau président, trop occupé à chercher la guerre avec la Chine pour faire oublier la seconde crise de la dette qui a frappé le pays en décembre de la même année. Des dettes par ailleurs détenues par les chinois qui voulaient leur argent.

La Russie se réarmant, la pression sur l’Europe de l’Est se faisait plus menaçante, en particulier depuis que l’est de l’Ukraine avait été annexée en représailles de son adhésion à l’OTAN. En Syrie, le conflit s‘est envenimé et c’est ce que l’on appela plus tard la « première guerre Moyen-orientale » qui commença, avec pour conséquence première un quasi arrêt de la production de pétrole, car les champs pétrolifères saoudite et iraniens furent les premières cibles des frappes aériennes, sans parler du canal de Suez, rayé de la carte.

Mettant en œuvre la sagesse issue de l’histoire sanglante du continent européen, la toute jeune fédération, créée pour se protéger de ce monde en péril, décida de mettre toute sa puissance au service des nations unies, ce qui permit une désescalade, non sans conflits, notamment la guerre de 200 jours en Ukraine, qui se solda par 52 000 morts, pour reprendre le reste du pays aux Russes et faire tomber le système poutinien.

L’Europe ne fut pas épargnée par la crise bien sûr, aussi bien économique que politique. Après l’arrivée des réfugiés du conflit au Moyen-Orient, il a fallu affronter ce que l’on appela le « second exode » : des millions d’Africains, d’Asiatiques mais aussi de Russes qui fuyaient les cataclysmes du réchauffement climatique, devenus quasi quotidiens dans certaines régions autrefois verdoyantes.

Pendant des années, la tension fut vive pour savoir ce qu’il fallait faire pour trouver une solution, d’autant que nos ressources manquaient, le chômage montait et que l’extrême-droite prenait chaque jour un peu plus de pouvoir.

Le nouveau parlement européen finit par trancher et, bien que très polémique, il vota le plan « Churchill », qui proposa à tout nouveau migrant ou réfugié la citoyenneté européenne, une bourse d’étude, des aides et un logement en échange de leur volontariat dans le secteur civil pendant au moins 10 ans, ou qu’ils fassent un service d’au moins 10 ans dans l’armée.

Le plan eu un succès inattendu. Rassuré de savoir leur famille à l’abri, des centaines de milliers de volontaires firent leur apparition, en particulier pour faire leur service militaire, malgré l’évidence d’une guerre prochaine. A l’image des bataillons d’américains d’origine japonaise pendant la deuxième guerre mondiale, les régiments issus des réfugiés et des migrants étaient systématiquement les plus dévoués au combat, les plus décorés et, les plus irréprochables dans leur comportement. Leurs actes eurent un tel effet qu’une nouvelle polémique eu lieu sur la question de l’identité nationale, de nombreux européens étant stupéfaits des actes de bravoures de leurs concitoyens et exigeants des excuses de la part de l’extrême droite à l’encontre des réfugiés et des migrants, malmenés depuis des décennies par leur propagande.

Dans le même temps, l’Europe lança en 2025 le « plan Schuman », un vaste projet d’investissement qui avait pour but de faire rattraper son retard en développement à l’Est et au sud de l’Europe, tout en développant un tout nouveau réseau d’infrastructures basées sur la technologie à hydrogène pour tout le continent, avec l’objectif de se débarrasser des énergies fossiles. Avec enfin un territoire unifié, une même loi, de mêmes infrastructures et de mêmes salaires sur tout le continent, les affaires ont pu reprendre rapidement et, finalement, le retour sur investissement fut si rapide que le tiers des investissements déjà consentis, environ 1 000 milliards d’euros, ont déjà été remboursés grâce à une prospérité retrouvée, sans parler d’un taux de chômage d’environ 6 %, toujours en baisse à l’heure où j’écris ces lignes.

Ce que vous venez de lire est une fiction, qui reflète le rêve d’une Union Européenne Fédérale, tout en oubliant de parler des centaines de problèmes que cela poserait ou ne réglerait pas forcement. Pour autant, cette vision est-elle si naïve, si improbable, si irréalisable ?

Dans un monde particulièrement instable et, dépendant de ressources devenant rare, on voit bien que des États-nations seules, comme la France, ne peuvent pas faire le poids et doivent s’unir. Pour autant, fédération ne veut pas dire disparition de notre culture, bien au contraire !

Alors que les peuples européens se replient sur eux et renvoient des réfugiés, pourquoi ne nous demandons-nous pas si la solution était d’accueillir ces étrangers pour leur donner l’occasion de devenir « un des nôtres », tout en célébrant nos différences avec un modèle de « vivre ensemble » basé sur l’État de droit et la construction d’une société durable ?

Laisser parler son imagination est peut-être naïf, mais elle propose déjà des solutions infiniment plus constructives que la peur dans laquelle certaines personnes veulent nous maintenir pour nous contrôler, nous pressurer.

Rêver d’un monde meilleur n’est pas une folie, mais un acte de courage dans la guerre qui nous oppose à la peur et au désespoir.

Le combat continue.

Sébastien KEREBEL

 

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